Vite une fleur
Dehors - Jardin
Le printemps vous a pris par surprise et vous n’avez encore rien fait pour décorer la maison et la terrasse. Qu’à cela ne tienne, vous avez encore toutes vos chances…
Beaucoup croient qu’une fois passé le mois de mai, c’en est fait des plantations. Erreur ! En démarrant tardivement, on se réserve d’agréables surprises, la première étant de dépenser moins car les plants tardifs, ayant demandé moins de chaleur, sont plus économiques. Certes, le choix est un peu moins abondant, mais on trouve des compensations grâce aux fleurs de la seconde chance, celles qui réclament des nuits tièdes et sont au mieux de leur forme en août, quand les autres commencent à décliner.
Arrosage : oui, mais pas trop
L’eau est une drogue forte pour les plantes. Ne les y habituez pas. Arrosez copieusement lors de la plantation, puis oubliez les plantes pendant une à deux semaines. Recommencez les arrosages à cette cadence, en veillant à ce que l’eau pénètre profondément, là où sont les racines utiles. Au bout du compte, vous ferez des économies. Surtout si vous avez paillé, c’est-à-dire recouvert le sol avec des coques de cacao, de la paillette de chanvre ou de lin, ou tout bonnement vos tontes de gazon. Gratuit et efficace, à condition de ne pas dépasser 5 cm d’épaisseur.
Vive les grosses potées
Les horticulteurs ont bien fait les choses et pensé à vous. Ils vous proposent des géraniums et des pétunias en gros pots, déjà bien développés, à un prix souvent intéressant. Cela vaut la peine d’investir car votre décor sera prêt en un rien de temps. Ces belles potées disposent d’une réserve de terreau, en les rempotant dans vos jardinières et gros pots, le choc de la transplantation sera vite oublié. La croissance reprend et la floraison ne marque pas d’interruption. Pensez simplement à glisser quelques plantes à feuillage décoratif, dans la proportion d’une pour cinq fleurs, de façon à augmenter le volume et servir d’écrin. Parmi les vedettes du moment, le plectranthus panaché et surtout les ipomées batatas, des patates douces au feuillage vert chartreuse ou pourpre presque noir. Plus il fait chaud, plus elles poussent, finissant par dégringoler de plus d’un mètre, car ce ne sont pas des ipomées grimpantes comme le volubilis, mais des rampantes.
Surfinia en pleine terre
Les potées de surfinia et de verveines sont impeccables pour meubler en un rien de temps le bord de votre terrasse. On oublie trop souvent que ces fleurs se plaisent encore mieux en pleine terre qu’en pot. Elles demandent moins d’eau, et leurs tiges s’enracinent, ce qui concourt à les nourrir. Espacez-les généreusement, tous les 40 cm, elles auront tôt fait d’occuper le terrain. Demandez simplement à votre horticulteur des variétés vigoureuses, parfois un coloris se débrouille mieux que les autres, autant miser sur lui. Conservez une place pour quelques fleurs blanches et glissez des graminées dans votre composition, pour la légèreté. Cela tombe bien, elles sont à la mode et il serait bien étonnant que vous ne trouviez pas des pennisetums par exemple, au superbe panache blanc ou rosé tout l’été. Une autre fleur très décriée sera parfaite dans ces massifs improvisés : le bidens. Autant il est parfois gênant en jardinière car il envahit tout et concurrence les autres fleurs, autant il se régule et devient magique une fois planté dans la terre du jardin. Pour ne même plus avoir besoin de l’arroser, disposez des tontes de gazon sur 5 cm d’épaisseur.
Précieuses vivaces
Certaines plantes vivaces sont proposées en pleine fleur, et là encore vous serez gagnant, sur deux volets qui plus est. Les vivaces estivales ont une longue durée de floraison - rien à voir avec les trois semaines des vivaces de printemps - et elles reviendront aussi fidèlement l’année prochaine, garnissant le jardin à bon compte. Les trois valeurs sûres sont les penstemons dont les fleurs en clochettes se succèdent pendant tout l’été (à condition de pincer les tiges de temps à autre), les lavatères arbustives, qui n’arrêtent pas de fleurir (un godet peu impressionnant au début forme une touffe d’un mètre d’envergure en quelques semaines, la variété Barnsley étant la plus intéressante) et les scabieuses, qui ajoutent le bleu dans les compositions (les nouvelles variétés, comme Ritz, savent rester compactes tout en fleurissant sans discontinuer jusqu’en octobre).
Au potager
S’il vous reste un peu de place au potager, glissez-y aussi des fleurs pour la fin de l’été. Les agastaches seront parfaites dans cet emploi car leur feuillage odorant peut être utilisé en cuisine. Certaines sentent l’estragon, d’autres l’anis ou la menthe, à vous de choisir. Les amarantes sont aussi les championnes du développement tardif. Quelques queues-derenard près des tomates, en compagnie de grandes roses d’Inde, et vous décrocherez le prix du plus beau potager fleuri.
Un air de tropiques
Misez aussi sur des plantes tropicales qui prendront un développement incroyable en profitant de la chaleur ambiante, d’un bon terreau et de vos arrosages réguliers. Votre terrasse vous transportera à l’autre bout du monde si vous y accueillez quelques lantanas, dont les fleurs attirent les papillons, un beau bégonia Dragon wing, heureux au soleil comme à mi-ombre, et des abutilons aux charmantes clochettes retombantes. Jouez le contraste en associant le leonotis aux fleurs orange vif et le plumbago du Cap bleu ciel. Sur fond de mur blanc, tout cela aura une allure folle. L’évocation exotique continuera si vous plantez non loin de là un bananier à feuilles rouges, accompagné de coléus à feuilles géantes (son nom est Kong, facile à retenir) ou encore un alocasia, surnommé oreille d’éléphant. Pour alléger le tout, dispersez quelques papyrus qui, contrairement à ce que l’on croit ordinairement, supportent très bien de vivre sans baigner dans l’eau. Toutes ces plantes adorent les sols fertiles, alors s’il vous reste du compost, allez-y sans compter…
Les fleurs du second souffle
Dès la fin juin, les nuits recommencent à croître, et c’est un signal bénéfique pour certaines fleurs qui s’épanouissent d’un seul coup et assurent ainsi le décor de la fin de l’été. Peu démonstratives jusque-là, elles ne figurent pas parmi les vedettes du mois de mai et la plupart des jardiniers les dédaignent. Accordez-leur votre confiance, vous ne serez pas déçus. Ainsi, la pervenche de Madagascar ne demande qu’à vous charmer. Elle évoque les impatiens, avec une gamme de coloris aussi étendue et beaucoup de fraîcheur dans les corolles, mais ses besoins en eau sont incomparables. Là où une impatiens réclame trois ou quatre arrosages par semaine, un seul suffit pour la pervenche de Madagascar. À bon entendeur… Le cuphéa est une ravissante fleur mexicaine qui ne demande qu’à s’épanouir dans vos jardinières et gros pots. Ses fleurs rouge minium, qui évoquent la frimousse de Mickey, avec un museau pointu et deux grandes oreilles, seront encore bien présentes en septembre et même en octobre. Les auront alors rejointes les fleurs de la sauge ananas, qui doit son nom à l’odeur délicieuse qui émane de son feuillage dès qu’on le frôle. Cette sauge arbustive atteint 1,3 m environ. Un vrai régal…
Par Jean-Paul Collaert. Photos JPC/LNJ.
Résidences Secondaires n°41 - Juin 2006


