Un plaisir persistant
Dehors - Jardin d'hiver
La haie de thuyas, muraille impénétrable qui mange tout l’espace, n’a définitivement plus voix au chapitre. Rassurez-vous, votre jardin ne s’en trouvera pas plus nu. Du bon usage des persistants…
On devrait visiter les jardins en hiver, tout comme les maisons, histoire de s’assurer que leur charme n’est pas que de façade. À la lumière de cette saison, les lieux sont mis à nu et se montrent sous leur vrai jour. Dans un jardin, quand la plupart des feuilles sont à terre, on peut apprécier à leur juste valeur les arbustes persistants. Ils jouent pleinement leur rôle, qu’il s’agisse d’assurer un abri aux oiseaux qui hivernent sur place ou de cacher des vues désagréables. Près de la maison, ils procurent une intimité appréciée et contribuent même à créer un microclimat qui permet de déjeuner dehors si le soleil est de la partie.
LA BONNE DOSE
Beaucoup de paysagistes tiennent pour règle qu’un tiers des arbustes employés au jardin doivent être persistants. On peut être moins strict selon les cas, notamment si la place ne manque pas et si le jardin est niché en pleine campagne. Si vous cherchez à vous isoler, sachez qu’une haie d’arbustes mélangés, qu’ils soient persistants ou non, est quasiment opaque dès qu’elle dépasse 3 mètres d’épaisseur et comporte deux ou trois rangs d’arbustes. Dans les vieilles haies devenues sauvages, on note souvent l’apparition de houx ou d’ifs semés par les oiseaux qui opacifient un peu plus l’ensemble. Une astuce que vous pouvez reprendre, en ajoutant quelques jeunes plants de buis, d’if ou encore de berbéris persistant au moment où vous créez votre haie de charmille. Pourquoi des jeunes plants ? Parce que ces arbustes poussent de toute façon lentement et qu’il vaut mieux qu’ils uillage, comme le laurier du Portugal (bien plus rustique et élégant que le laurier du Caucase), le mahonia à feuilles de houx, qui remplit si bien la base des haies et l’élaeagnus, qui conserve toute sa beauté si on le laisse pousser librement et embaume le jardin en début d’automne, quand ses petites fleurs collées aux branches rivalisent avec l’œillet et le jasmin. Si le jardin profite des influences atlantiques, misez sur les camélias. Choisis parmi les variétés à feuillage plutôt fin, comme les sasanqua, ils fleuriront et parfumeront votre jardin de novembre à janvier. Pour rendre une haie plus défensive sans tomber dans le pyracantha, adoptez les berbéris persistants qui ont beaucoup de classe, notamment B. darwinii et veitchii qui se couvrent d’or au printemps et prennent des nuances subtiles en automne.
UN SAVANT MÉLANGE
Associer les arbustes persistants et caducs est un art. On apprécie chez les seconds leur capacité à fleurir abondamment, même si certains persistants n’ont pas à rougir de la comparaison. Pour embellir le jardin d’un seul coup au printemps, rien n’égale cependant le lilas, la boulede- neige ou le seringat. L’ennui, c’est qu’après l’apothéose vient une période de repos visuel. Les persistants interviennent alors pour compenser des silhouettes ou des feuillages peu avantageux et redonner du tonus à la scène. Il suffit d’un beau mahonia au feuillage cuirassé, d’un photinia aux pointes rouges ou encore d’un osmanthe panaché pour maintenir l’intérêt décoratif de l’ensemble. Ce dernier ressemble tout à fait à un houx, mais avec des feuilles plus menues et une floraison printanière ou automnale parfumée. Quelques coups de cisailles suffisent à renforcer la densité de ces arbustes. Mais pas question de reproduire ce que l’on voit trop souvent dans les bosquets des villes, où les arbustes sont uniformément taillés en grosses boules. Il s’agit juste d’épointer par-ci par-là, l’essentiel étant de respecter la forme naturelle en lui conférant plus de présence. Ainsi un buis tout juste caressé par la cisaille à haie présentera des creux et des bosses du plus bel effet. Les fusains du Japon, grands ou petits, sont bien plus nobles quand on les respecte, c’est-à-dire quand on se contente de couper quelques tiges pour étoffer les bouquets… Certains arbustes persistants pas forcément spectaculaires possèdent pourtant un bel atout, leur parfum. Le mois de mai embaume grâce au choisya ou oranger du Mexique, qui a le bon goût de nous charmer aussi par son feuillage doré (Sundance ou Goldfinger). Le champion des parfums enivrants est le daphne, qui surprend toujours en plein hiver par la senteur suave de ses fleurs serrées en petits bouquets et nichées sur l’écrin du feuillage ourlé de jaune. Il apprécie les sols sableux. Pour meubler les abords de la terrasse, misez sur le skimmia dont la silhouette en dôme s’émaille de fleurs roses aux senteurs de tilleul et de jacinthe en avril.
Quand les feuillages rougissent
DU VERT, RIEN QUE DU VERT, CELA PEUT LASSER À LA LONGUE. UNE TOUCHE DE ROUGE, C’EST PRESQUE AUSSI BIEN QU’UNE FLORAISON, LA DURÉE EN PLUS.
- PHOTINIA : C’EST LA VEDETTE DU MOMENT. N’OUBLIEZ PAS QU’IL S’AGIT D’UN GRAND ARBUSTE, DÉPASSANT ALLÉGREMENT LES 3 MÈTRES D’ENVERGURE. IL SUPPORTE BIEN LA TAILLE, À PRATIQUER JUSTE APRÈS LA FLORAISON PRINTANIÈRE, EN COUPANT LES RAMEAUX NOUVEAUX D’UN TIERS.
- NANDINA : EXTRA AUSSI BIEN À MI-OMBRE QU’AU SOLEIL. FEUILLAGE FIN ROUGISSANT EN HIVER, SILHOUETTE ÉLÉGANTE ÉVOQUANT UN PEU LE BAMBOU, FLORAISON BLANCHE SUIVIE DE BAIES ROUGES EN HIVER, TOUT EST BEAU CHEZ LUI ET SA RUSTICITÉ EST À TOUTE ÉPREUVE.
- PIERIS : LES FLEURS EN CLOCHETTES PARFUMÉES DE CE RIVAL DU PHOTINIA SONT UN ATOUT DE CHARME. SA CROISSANCE EST LENTE ET IL APPRÉCIE UNE TERRE ACIDE RICHE EN HUMUS. CHAQUE AUTOMNE, ÉTENDEZ UN ÉPAIS TAPIS DE FEUILLES MORTES À SES PIEDS, IL ADORE.
- LEUCOTHOÉ SCARLETTA : UN FEUILLAGE CORIACE ROUGE BRONZE POUR MEUBLER LES SOUS-BOIS ET LES GRANDES JARDINIÈRES.
D’EXCELLENTS COUVRE-SOL
Beaucoup d’arbustes persistants proviennent de Chine ou du Japon, où ils occupent dans les sous-bois la place tenue chez nous par le lierre, le houx et le buis. Ils sont donc parfaits pour meubler le terrain au pied des arbres. Pas forcément trop près, plutôt à un mètre de distance, histoire que leurs racines trouvent un peu de terre à explorer. Parmi les arbustes les mieux adaptés à cet emploi figurent les fusains du Japon, aux multiples variétés panachées d’or ou d’argent, le skimmia, au feuillage coriace émaillé de fleurs parfumées chaque printemps, quand les narcisses fleurissent, le mahonia à feuilles de houx et le leucothoe panaché ou bronze selon les variétés. UN SKIMMIA EN PLEINE FLORAISON ACCOMPAGNE DES NARCISSES ET DES PRIMEVÈRES. VIVE LE PRINTEMPS !
Là encore, jouez la diversité en associant des arbustes différents, plantés bien écartés les uns des autres, à un mètre au moins, et comblez les vides avec quelques plantes vivaces couvre-sol qui ne vous causeront pas de soucis, pervenches à petite feuille panachée (Vinca minor “Variegata”), épimedium au feuillage coriace prenant des couleurs d’automne somptueuses ou encore géranium vivace macrorrhizum. Plantez aussi du lierre panaché et dispersez des groupes de fleurs bulbeuses, scilles ou jacinthes des bois, perce-neige, narcisses à petites fleurs (Thalia ou Hawera) et cyclamens rustiques pour l’automne.
LA QUESTION DE LA RUSTICITÉ
Mis à part les conifères, notre flore spontanée n’est pas riche en persistants, même si la proportion s’améliore en allant vers le Sud. Rares sont les arbustes persistants qui résistent au froid de la montagne. Là où le climat se fait rude, oubliez l’abélia, le laurier-tin, l’escallonia, le photinia et les choisyas. Les plus résistants des persistants sont le laurier-cerise Herbergii et le laurier du Portugal, le mahonia aquifolium (mais pas Charity) et les fusains du Japon nains, qui s’abritent sous la neige.
La règle de bon sens qui veut que tout bon jardinier se fournisse chez des pépiniéristes locaux s’impose d’autant plus si l’on veut jardiner en altitude. Tout comme celle qui consiste à regarder ce qui pousse chez les voisins ! Ailleurs qu’à la montagne, une tentation bien compréhensible consiste à tester la résistance d’arbustes persistants venant de contrées méditerranéennes ou subtropicales. Les bonnes surprises ne manquent pas, surtout avec la bienveillance des derniers hivers. Dans bien des régions, les lauriers roses en pleine terre peuvent résister près des maisons, tout comme les mimosas des quatre saisons et même les callistemons. C’est une tout autre affaire de dire qu’ils se plaisent. Si la chaleur fait défaut en été, la floraison est décevante. Curieusement, ils sont plus en beauté si on les adopte en bacs, ce qui permet de les installer sur la terrasse, dans un microclimat rendu douillet par la proximité de la maison. L’expérience vaut la peine si vous misez sur des grands bacs de 40 cm de côté et glissez au pied des arbustes des plantes retombantes, les lierres à petites feuilles étant les champions.
Un peu d’exotisme
Accentuez le côté méditerranéen d’une scène en glissant ces arbustes parmi ceux de la garrigue, avec quelques galets et des plantes à feuillage argenté à leur pied.
- Callistemon : ses fleurs ressemblent à des écouvillons et apparaissent pendant une longue période.
- Ciste : bien plus résistant au froid qu’on ne le pense, et tellement sobre le reste du temps que le mot canicule ne signifie rien pour lui.
- Escallonia : sa floraison estivale se prolonge si bien qu’il devient irremplaçable, notamment sous le climat atlantique qu’il apprécie tout particulièrement.


