Mariez les intrépides

Objectif : créer en un rien de temps un jardin fleuri en toute tranquillité, grâce aux plantes vivaces et aux graminées.

Certes, le vert des feuillages est un véritable apaisement, mais il n’en reste pas moins qu’un jardin sans fleurs manque d’émotions.

Mariez les intrépides
Tendre par ses coloris, le penstemon fait partie des plantes les plus solides.

Ce que vous souhaitez, c’est ne pas y consacrer trop de temps, ni d’argent et, si possible, que cela dure longtemps… Un rêve ? Pas tant que cela. Il suffit seulement de faire appel aux plantes vivaces. Vous en connaissez sûrement déjà, les vivaces printanières par exemple, des fleurs de rocaille ou de bordure, adorables, mais dont il faut s’occuper car leur petite taille ne leur permet pas de dominer les mauvaises herbes. Sortons de cette catégorie pour aborder le monde des plantes vivaces de plus grand développement, en conservant juste à l’esprit que le résultat ne doit pas demander trop de travail, surtout en été, quand la chaise longue est si tentante.

Direction la Grande Prairie

La solution nous vient de l’autre côté de l’Atlantique, plus précisément de la zone appelée “Grande Prairie”, là où paissaient autrefois les bisons. Ce vaste espace est soumis à un climat contrasté, très froid en hiver et très chaud en été. À l’état sauvage, c’est une prairie luxuriante où l’herbe est parsemée de fleurs solidement installées grâce à un système racinaire puissant qui leur permet de continuer à végéter même quand la canicule s’installe. Exactement ce que nous recherchons, une sorte de prairie fleurie au moment où les nôtres se transforment en paillasson. Il suffit donc de transposer ce modèle sous nos cieux, en associant les graminées et les fleurs vivaces. Le résultat est en effet plus vivant, varié et agréable à contempler que lorsqu’on les cultive séparément. Il existe une vraie complémentarité entre ces plantes qui se soutiennent et se mettent en valeur mutuellement. Autant en profiter.

Préparez rapidement le terrain

Pour installer ces plantes, deux options s’offrent à vous. Le massif classique est une bande de terre plus ou moins large (sans dépasser 2 m pour des questions de commodité), bêchée et amendée, où vous plantez en espaçant les plants de 40 cm. Beaucoup de travail en perspective. La deuxième option demande un petit investissement, mais épargne bien de la peine. En premier, dénichez une source de bon compost à proximité. Les collectivités ont désormais l’obligation d’expédier à des stations de compostage les déchets susceptibles de fermenter, et il serait étonnant que votre région fasse exception. Les stations récentes sont capables de produire un compost de grande qualité, à un prix souvent intéressant (de l’ordre de 80 euros la tonne, ce qui représente 2 m3). À vous de trouver le mode de livraison le plus économique, sachant qu’il vous faudra de quoi recouvrir le futur massif avec environ 15 cm, une fois que vous aurez décapé l’herbe existante (sans bêcher surtout). Aux emplacements de plantation, vous dégagerez le compost pour poser les mottes, puis les recouvrirez avant d’arroser. L’avantage de cette technique est double. Les plantes trouvent un milieu nutritif idéal pour leurs racines, et il n’y a pas de mauvaises herbes à venir puisque le compostage a suffisamment monté en température pour être stérile.

Misez sur la dispersion

La nature ne fait pas de plates-bandes ordonnées, alors pourquoi le feriez-vous ? La méthode la plus simple pour obtenir un résultat qui imite le désordre naturel consiste à planter le long de rangs espacés de 40 cm en disposant les plants dans un ordre prédéterminé. Par exemple, un rudbeckia, puis un stipa, un gaura, un coréopsis, un nepeta, un echinacea, un pennisetum, et à nouveau un rudbeckia, un stipa, etc. Quand vous arrivez en bout de rang, décalez la ligne de 4 cm et revenez dans l’autre sens, mais en conservant la même série, et ainsi de suite jusqu’à ce que tout l’espace soit planté. S’il reste encore des plantes, plantez-les là où le hasard le décide… En conservant toujours une proportion de 1/3 de graminées pour 2/3 de plantes vivaces, le résultat sera à la fois léger et coloré. Dans notre exemple, les graminées représentées par le stipa et le pentecôtisme accompagnent quatre autres plantes vivaces. Il est probable que lorsque vous aurez planté aux distances indiquées, votre composition paraîtra maigre. Résistez à l’envie de resserrer ou de planter dans tous les vides car ces fleurs sont vigoureuses et leurs touffesse rejoindront bientôt, si ce n’est cette année, sûrement l’année prochaine. Le temps travaille pour vous !

Des graminées de charme

Associé ici aux grands sédums pourpres, l’échinacéa attire immanquablement le regard.

Nous commençons tout juste à explorer le monde des graminées alors que nos voisins allemands s’y adonnent depuis des décennies avec grand succès. Familiarisez-vous avec leurs noms parfois compliqués car ce sont des plantes pleines de ressources. Pour commencer tranquillement, voici quelques valeurs sûres.

  • Miscanthus Morning Light : ce gros “nounours” vert (1,5 m) fera le plus beau des écrins pour des nepetas et des achillées. Très beau en automne et en hiver. • Calamintha Karl Foerster : ses touffes dressées et compactes (1,5 m en fin de floraison) deviennent dorées en fin d’été, au moment où explosent les rudbeckias et les lavatères. Supporte une ombre légère.
  • Pennisetum Hameln : Ses feuilles très fines devenant dorées en automne (60 cm) sont assorties de légers épis rosés adorables en fin d’été.
  • Stipa tenuissima : impossible de ne pas tomber sous le charme de ces 40 cm de pure tendresse. Devient dorée à l’automne.

L'entretien en Bref

Une fois la plantation assurée, contentez-vous d’arroser plutôt copieusement une ou deux fois, de façon à ce que l’eau entoure bien les mottes de racines. Jamais de “pissette” qui ne sert à rien ! En juin, paillez le sol en le recouvrant de tontes de gazon vertes, sur une épaisseur de 5 cm (deux doigts). Vous renouvellerez ce paillis en juillet.

En automne, ne touchez pas aux feuillages ! Ils protègent les souches et abritent quantité d’insectes utiles. C’est seulement en mars que vous procèderez à la toilette qui se fera en un tour de main car les feuilles seront alors sèches. Ce conseil est valable pour toutes les plantes, y compris les graminées qu’il est criminel de tailler en brosse avant l’hiver.

La plantation peut rester trois ou quatre ans en place avant que vous ne procédiez à quelques divisions pour les plantes les plus belles, en mars de préférence, avec replantation immédiate des éclats les plus vigoureux situés à la périphérie des touffes. Mais vous pouvez aussi n’intervenir qu’au bout de 5 ans.

Des marguerites chamarrées

La grande famille des marguerites est largement représentée dans la flore nord-américaine d’où viennent les rudbeckias, les asters et les coréopsis, entre autres. À égalité avec les graminées, cette tribu vous fournira un tiers de vos sujets de prédilection. Ne craignez pas l’ennui car leurs silhouettes sont très différentes, sans parler de leurs coloris et de leurs époques de floraison (entre mai et septembre).

  • Gaillarde : oubliez les anciennes variétés qui avaient tendance à s’effondrer en pleine floraison et misez sur Arizona Sun, une boule de fleurs originales, aux coloris intenses associant le jaune et le rouge.
  • Rudbeckia : les vivaces sont plus fins que les annuels et mieux adaptés à ce genre de composition. En fleur de juin à octobre Goldsturm est le plus sympathique, (60 cm). Grâce au compost urbain, ses racines resteront au frais, ce qu’il apprécie plus que tout.• Echinacea : très proche du rudbeckia, mais à fleurs pourpres ou blanches. Il est irréprochable par sa tenue et ses fleurs attirent les papillons grâce à leur nectar.
  • Coreopsis Zagreb : un feuillage tout en finesse qui sert d’écrin aux fleurs jaunes se succédant tout l’été. Le meilleur compagnon des népétas. Ne soyez pas surpris au printemps, il ne démarre souvent qu’en mai des nuances pastel qui se conservent même une fois les fleurs coupées et mises à sécher.

Des échappées belles

Il ne reste plus qu’à compléter avec 1/3 de fleurs diverses qui apporteront de la fantaisie et d’autres émotions. Toutes sont choisies dans le même registre, celui des plantes assez solidement enracinées pour se débrouiller toutes seules et assez hautes pour émerger à travers les graminées et les herbes, mais sans nécessiter de tuteur.

  • Penstemon : beaucoup de tendresse dans ces fleurs en clochettes qui évoquent un peu les digitales, mais deux mois plus tard. Quand la première floraison est passée, coupez les tiges à mi hauteur et il se formera de nouveaux boutons.
  • Gaura : la fleur papillon, que son origine texane rend intrépide. Existe en blanc et en rose, avec désormais des variétés moins hautes. Apprécie le plein soleil et se ressème souvent au petit bonheur.
  • Verbena bonariensis : une silhouette unique en son genre car elle se ramifie et dresse haut (1 m) ses tiges minces terminées par des petits bouquets bleu pourpre. Ci-dessus, une touche de penstemon en fin de floraison suffit à animer cette masse de pennisetum à l’étourdissante beauté. Ci-contre, rien de tel que des graminées pour créer ces effets de transparence où la moindre fleur devient magique, comme ces achillées blanches et ces lavandes.Elle met de la fantaisie partout.
  • Nepeta : le compagnon rêvé des rosiers est aussi à son aise parmi les graminées et les marguerites auxquels il apporte le contrepoint de ses fleurs bleu tendre. Une fois qu’il a fleuri en juin, rabattez-le très court pour l’aider à se reconstituer, histoire de refleurir en fin d’été.
  • Achillée : ces fleurs de prairie offrent des grandes ombelles qui sèchent très bien. Les coloris terre cuite et saumon sont particulièrement délicieux. Le feuillage souvent argenté est déjà décoratif tôt au printemps
Texte Jean-Paul Collaert. Résidences Secondaires n°39