La Sculpture Végétale

L’art du topiaire est bien ancien puisque ce mot vient directement du latin. Gageons que les parcs des riches Romains étaient peuplés de buis et d’if taillés de façon impeccable par une armée d’esclaves. Plus tard, cet art est revenu à la mode dans l’Italie de la Renaissance puis, contagion oblige, dans les jardins à la française, dont il est devenu un motif obligé. Depuis, ces formes strictes n’ont jamais quitté notre paysage, car elles tentent les jardiniers et ajoutent une note précieuse au jardin. Sontelles réservées aux maniaques du sécateur ? Oui, mais pas seulement…

La Sculpture Végétale

Laissez la nature vous guider

Le topiaire moderne est plutôt décontracté. L’influence des paysagistes hollandais et des jardins coréens a ouvert notre horizon. On aime les formes en nuage, molletonnées et sans angles vifs. Le taille-haie manié avec subtilité semble suivre les branches dans leur croissance, comme si l’on passait la main sur la fourrure d’un gigantesque animal. Cette fantaisie permet d’adapter le topiaire à notre mode de vie en limitant les contraintes.

Puisque la forme est moins stricte, le résultat s’accommode d’irrégularités, et deux tailles dans l’année suffisent. Si ce genre de manucure végétale vous tente, repérez dans le jardin un arbuste qui s’y prête. L’idéal serait un buis déjà installé et ayant perdu depuis longtemps sa forme en boule ou cône d’origine. Un if fera aussi très bien l’affaire car il partage avec le buis une souplesse rare et une croissance relativement lente, sans parler du feuillage persistant vert sombre. Mais on peut tailler quasiment n’importe quel arbuste ou arbre, puisque les tailles répétées permettent de contrôler la croissance. Un chêne peut ainsi culminer à 1,5 mètre au bout de vingt ans et s’avérer si dense que l’on pourrait s’asseoir dessus si l’envie en prenait. L’avantage du topiaire libre, c’est son côté évolutif.

Autrefois, si une branche prenait le dessus, on la taillait sévèrement, ce qui provoquait inévitablement une réaction tout aussi vive. Aujourd’hui, on peut laisser pousser un peu, puis tailler en rond, l’air de rien, et la croissance s’apaise pour se porter ailleurs. Votre haie y aura simplement gagné un rembourrement supplémentaire.

Strictes topiaires

Vous rêvez d’un beau buis boule ou d’un cône en if ? Alors apprenez que c’est plus facile à réussir qu’il n’y paraît. Vous pouvez commencer avec un arbuste déjà formé, en le choisissant bien vert et dense. Plantez en hiver, en laissant pas mal de place autour pour tenir compte du futur développement. Un buis finit par former une masse de plus d’un mètre de diamètre. Vous pouvez les cultiver dans des grands bacs de bois à l’ancienne. Pour une touche de charme supplémentaire, disposez des masses de graminées non loin de là, le contraste des formes est très réussi. Si vous craignez de manquer de patience, remplacez if et buis par le Lonicera nitida, aux rameaux garnis de petites feuilles vernissées. Il pousse nettement plus vite. Avec trois ou quatre tailles par an, il prend la forme que vous souhaitez. Veillez simplement à ne pas le laisser pousser trop en hauteur car il peut s’effondrer brutalement. Un bon mètre est un maximum, à moins qu’il ne prenne appui sur un mur.

Les bons gestes

  • Commencez à tailler l’arbuste dès qu’il a repris, même tout jeune. Cela le rendra bien dense dès la base.
  • Employez un sécateur ou des cisailles à haies bien affûtés. Le taille-haie lectrique est trop brutal et ne permet pas de créer des belles ondulations, à moins d’avoir une sérieuse pratique.
  • Taillez en juin, une fois que la première période de croissance est passée, puis à nouveau en août. Une dernière reprise est possible en septembre, mais pas plus tard.
  • Taillez le matin tôt de préférence, dès que la rosée est bue.
  • Les arbustes taillés doivent reconstituer leur potentiel vert. Pour les aider, disposez à leur pied un paillage à base de tontes de gazon fraîches, sur 5 cm d’épaisseur, à renouveler au fur et à mesure qu’il est digéré par la terre.

Résidences Secondaires n°50 - Décembre 2007 - Janvier 2008

Par Jean-Paul Collaert. Photos D.R.