Grand soleil garanti

Dehors - Jardin

Le soleil brûle, et pas seulement notre peau. Beaucoup de plantes le redoutent quand il vient à darder ses rayons. Pourtant, on ne peut pas mettre des parasols partout au jardin… Et si la parade était à rechercher du côté des plantes elles-mêmes ?

 Grand soleil garanti
Ci-dessus, la scintillante beauté du vénidium doit tout au soleil.

Dans la nature, il est fascinant d’observer comment chaque pouce de terre est occupé par des plantes, tout du moins sous nos climats. De l’ombre des sous-bois à la garrigue écrasée de soleil, les conditions varient pourtant terriblement et ce ne sont logiquement pas les mêmes plantes que l’on rencontre dans les deux cas. Une bonne raison pour se souvenir de cela quand nous décidons de planter. Regardons en premier comment le soleil tombe sur le coin de jardin à remplir, en nous plaçant un beau jour d’été. Soleil du matin jusqu’à midi, pas de problème, c’est le plus bénéfique pour les plantes. De 12 à 19 heures, attention, ça brûle. De 19 heures au coucher du soleil, on est à nouveau tranquille.

Voyons maintenant quelles plantes installer sous le four solaire de l’après-midi, si rarement évoqué sur les étiquettes qui préfèrent se contenter d’un prudent “mi-ombre à soleil” qui ne signifie pas grand-chose.

Le gras a du bon

Regardez le sommet des vieux murs, il est souvent couvert de sédum âcre, une plante grasse indestructible. Voici bien la preuve que, presque sans terre, des plantes arrivent à survivre en plein soleil. Ce n’est pas un hasard si ce sont des plantes succulentes, qui emmagasinent leur réserve d’eau dans leurs feuilles. C’est vers elles que nous irons pour garnir un talus où même l’herbe baisse du limbe l’après-midi. La plus solide et rustique a pour nom delosperma cooperi, et vous l’avez sûrement déjà aperçue au pied des vieilles fermes car nos ancêtres l’appréciaient déjà pour sa robustesse. Toujours un peu malingre au début, elle s’étale rapidement en un tapis moelleux, couvert d’étoiles pourpres de juin aux gelées. Demandez une bouture, il serait bien étonnant qu’on vous la refuse puisque c’est toujours de cette façon qu’elle s’est propagée. Dans la même famille, mais sans sa capacité à résister l’hiver hormis dans la zone de l’olivier, nous trouvons les ficoïdes, dont certaines sont surnommées griffes du diable (copies conformes du delosperma), et les portulacas. Ces derniers sont souvent proposés en suspension, et l’on peut vraiment les accrocher sans crainte en plein soleil, à partir de la fin mai car ils n’aiment pas les nuits fraîches. Leurs corolles simples ou doubles semblent taillées dans du satin, et certaines associent avec vivacité le jaune et le rouge. À noter que s’ils tiennent quasiment sans eau, les portulacas apprécient aussi les arrosages qui les font doubler de volume. Leurs cousins pourpiers, reconnaissables à leurs feuilles effilées, offrent en plein été des corolles simples et surtout doubles du plus charmant effet. Elles évoquent des roses miniatures, là encore avec une fraîcheur de coloris apaisante. On peut facilement réussir leur semis à condition de mélanger leurs graines fines avec du sable avant de tout éparpiller à même le sol à peine griffé, sans chercher ensuite à recouvrir. À réaliser fin mai, là encore.

Les étoiles du Natal

Nous irons chercher dans la flore sud-africaine deux marguerites de choc, à feuillage coriace. Dire qu’elles aiment le soleil n’est rien. Elles en raffolent au point de refuser d’ouvrir leurs fleurs s’il joue à cache-cache avec les nuages ! Le gazania réjouit l’œil par ses fleurs parées de couleurs vives, souvent ornées d’un œil central cerné de bleu ou de noir selon les variétés. Le revers de ses feuilles coriaces est revêtu d’un glacis argenté du plus bel effet. Il ne dépasse pas 25 cm de haut. On lui reproche parfois de ne pas fleurir en été, ce qui est exact dans la plupart des cas, mais son feuillage est déjà décoratif et il attend simplement le retour des nuits plus longues pour offrir une floraison de fin d’été. L’ostéospermum joue sur le velours de son feuillage pour mettre en valeur des marguerites pourpres et blanches, mais aussi orangées, jaune solaire et ambrées chez les nouvelles variétés qui présentent l’avantage de fleurir de façon plus continue en été (les anciennes faisaient souvent la sieste en attendant septembre). Pour les départager, que diriez-vous d’un venidium, feuillage argenté et grandes marguerites aux pétales effilés d’une suprême élégance. Oubliez les variétés de semis et allez chercher chez un horticulteur le venidium rouge à fines rayures noires, vous ne le regretterez pas. Un seul pied forme une touffe de 40 cm d’envergure. Pour ajouter une touche de légèreté à ces fleurs plutôt “ras du sol”, misez sur une belle texane, la gaura, appelée aussi fleur papillon tant ses corolles semblent virevolter. Elle existe en blanc et en rose et a le bon goût d’être vivace et même de se ressemer librement, ce que personne ne lui reprochera.

L’effet garrigue

Pour meubler notre coin de jardin écrasé de soleil, inspirons-nous également de la garrigue, généralement dépourvue de tout arbre, ce qui la distingue du maquis. Le sol souvent médiocre et l’absence de pluie pendant l’été méditerranéen nous assurent que les plantes issues de ce milieu sont des dures à cuire. Exactement ce que nous recherchons. Un premier lot est fourni par les plantes aromatiques dites herbes de Provence. Thym, serpolet, romarin, mais aussi hysope et origan adorent se prélasser au soleil. Ne craignez pas l’ennui et le déjà-vu car il existe de multiples variétés, dont certaines à feuillage doré du plus bel effet, et qui ne grillent pas au soleil alors qu’il faut généralement être prudent en plaçant des arbustes ou des plantes vivaces dorées au soleil de l’après-midi. Les sauges officinales sont garanties grand teint, tout comme les lavandes et les cistes, dont on appréciera aussi la résistance au calcaire. La rue officinale serait aussi un bon choix, tant son feuillage bleuté est décoratif, mais elle cause des allergies par son simple contact, déclenchant des éruptions de cloques fort pénibles. Autant s’en passer.

Vous connaissez le xeriscaping ?

Une façon astucieuse de concevoir un jardin économe en entretien consiste à tirer parti de la capacité remarquable de ces plantes à résister au soleil et souvent, par-dessus le marché, à des périodes de sécheresse. Les paysagistes du grand Ouest américain ont ainsi fondé le xeriscaping (de xeris, sec en grec) en associant ces plantes entre elles et en meublant les vides avec des petites plages de sable, du gravier et des rochers. Peu de mauvaises herbes acceptent de germer dans ces conditions difficiles et les plantes installées sont tranquilles pour longtemps, d’autant que beaucoup semblent émettre par leurs racines des substances antigerminatives. Pour limiter les agissements d’un éventuel liseron qui surgirait de plus loin, disposez un voile de drainage, en non tissé noir, avant de répandre le gravier et le sable. Pour insérer une nouvelle plante, il suffit de tracer une croix dans le voile avant de rechausser autour du collet avec du gravier. Laissez du vide entre les plantes de façon à pouvoir vous promener librement, en profitant au passage des senteurs montant des feuillages aromatiques frôlés. Glissez quelques graminées choisies parmi les plus fines, comme la stipa ou la fétuque bleue. Ainsi, avec un investissement léger, vous transformerez en quelques week-ends ce qui était un “no plant’s land” en un coin de nature autogéré, prémisse de longues séances de chaise longue.

Par Jean-Paul Collaert.

Photos JPC/LNJ.

Résidences Secondaires n°40 - Avril 2006