Les plus libres des fleurs
Un tableau impressionniste avec des fleurs épanouies librement dans l’herbe haute ? On en rêve tous. La prairie fleurie a le vent en poupe. Est-il facile de la mettre en place ? À quelles conditions ? Et pour quel résultat ? La fin de l’été est un moment idéal pour s’y atteler…
Depuis quelques années, la campagne reprend des fleurs, parfois de façon spectaculaire. Les fossés ne sont plus fauchés que deux fois l’an, et les jachères fleuries mises en place par les chasseurs ou les agriculteurs font de belles nappes de couleurs. Même les villes s’y mettent, histoire d’offrir un peu de nature aux citadins. Pour y voir plus clair, il est nécessaire de faire quelques précisions de vocabulaire. La jachère fleurie est un mélange de fleurs, généralement annuelles et choisies parmi des plantes mellifères de préférence, attirantes pour les abeilles et les papillons. Son aspect assez superbe dure peu, seulement un à deux mois. Le mélange champêtre associe des fleurs des moissons (bleuet, coquelicot, nielle, adonis…) et des céréales (orge, seigle, blé …) pour reconstituer un champ à l’ancienne. Là encore, l’effet est magnifique, mais il réclame de travailler le sol au préalable - labour et affinage avant le semis - pour un résultat qui sera charmant d’avril à juin.
Ensuite, on se retrouve face à un paillasson. La vraie prairie fleurie est tout simplement ce que devient une prairie quand on cesse d’apporter de l’azote et que l’on fauche tardivement pour permettre aux fleurs de se ressemer. On peut enrichir la flore par des semis ou plantations adaptées. Elle est destinée à rester en place et procure un décor agréable d’avril à septembre. La jachère fleurie et le mélange champêtre conviennent bien en bordure de champ ou pour séparer le jardin d’une petite route rurale. On peut y penser aussi la première année où l’on reprend un jardin. La prairie fleurie convient mieux à terme, si vous souhaitez réduire la corvée de tonte, et semble donc la mieux adaptée dans la plupart des cas.
Méthode simplifiée
Plus votre sol est pauvre, caillouteux, et plus vous avez de chances de réussir une belle prairie fleurie, car les fleurs sont favorisées par rapport aux plantes à large feuillage comme l’oseille sauvage. Le terrain doit être dégagé, mais la présence de quelques arbres n'est pas gênante. Un verger constellé de fleurs, n'est-ce pas paradisiaque ? La méthode douce consiste à cesser les apports d’engrais et à tondre le plus ras possible en plein été, sans laisser l’herbe coupée sur place car elle apporte trop d'azote. En fin d’été, préparez les zones à semer en les griffant au râteau. La période idéale se situe entre le 15 août et fin septembre. On trouve des mélanges tout prêts dans les jardineries. Semez dans les zones grattées, sans chercher à enterrer les graines. Ensuite, laissez faire la nature ! Tout l’art de la prairie fleurie réside dans la gestion de la tonte, ou plutôt de la fauche. Elle est décalée en juillet, voire en août, en fonction de la maturité des plantes vivaces à sauvegarder. Si une faux traditionnelle ou une débroussailleuse sont requises, l’opération prend beaucoup moins de temps que de passer la tondeuse tous les 15 jours. Attention cependant à ne pas blesser ni les arbres, ni vous-même. Des lunettes de protection sont indispensables. Ramassez le foin puis repassez une ou deux fois à la tondeuse avec bac, en descendant progressivement la hauteur de coupe pour obtenir un gazon rustique en automne. Cela permet aussi aux nouveaux semis spontanés de se développer avec moins de concurrence. Mais on peut se contenter de faucher fin juillet et en septembre. On peut aussi faire paître brièvement des animaux, vaches ou moutons d’un voisin fermier, lors de la repousse de fin d'été. Le piétinement des animaux est favorable à certaines plantes, mais le fumier risque d'enrichir trop le sol.
Le retour du naturel
Dans chaque gramme de votre terre, il y a des dizaines de graines qui ne demandent qu’à germer. C’est en misant sur elles que vous pouvez vous contenter de gratter le sol sur 2 à 5 cm, puis d’observer la flore qui naîtra ensuite. Il y aura probablement beaucoup de plantes banales, mais si vous n’apportez pas d’engrais et retirez l’herbe coupée, les fleurs rares seront privilégiées en quelques années.
Fleurs des champs
Si vous rêvez de cueillir des brassées de bleuets, repérez dans le jardin un emplacement ensoleillé. Si un mauvais gazon l’occupe, tout pelé, tant mieux. Demandez à un voisin ayant un motoculteur de passer une première fois en fin d’été, quand l’herbe est quasiment sèche, et une seconde fois une semaine plus tard pour obtenir une terre affinée sur 10 cm d’épaisseur. Allez chercher un mélange de graines dans une coopérative agricole ou une jardinerie en comptant environ 2 grammes de graines par mètre carré, pas plus. Vous pouvez compléter un mélange existant avec vos fleurs préférées ou faire confiance au grainetier qui connaît bien son affaire. Vous trouverez aussi des mélanges de graines plus volumineux, comportant un matériau léger qui facilite l’épandage des graines, vermiculite ou coques de sarrasin. Il est vrai que semer seulement 2 grammes sur un mètre carré de façon régulière n’est pas donné à tout le monde. Outre l’utilisation de ces mélanges allégés, voici deux bonnes astuces pour vous faciliter la tâche. La première consiste à sacrifier un paquet de semoule. Mélangez un grand bol avec 5 grammes de graines et répandez en adoptant le joli geste de la semeuse. La densité de la semoule est plus proche de celle des graines que celle du sable, classiquement conseillé.
La deuxième astuce consiste à diviser en deux la quantité nécessaire de graines et à semer chacune de ces moitiés sur la totalité de la surface en croisant les passages, un peu comme on le fait quand on peint un mur. Le semis doit être effectué en septembre/ octobre si vous avez choisi un mélange comportant des céréales et des fleurs de moisson ou en mars pour une simple jachère toutes fleurs. Une fois cette opération effectuée, enterrez les graines par un passage de râteau très léger. On peut même se contenter d’arroser pendant un quart d’heure avec un arroseur oscillant. Les pluies vont faire le reste. Au début, la jachère fleurie semble ratée, pleine de trous. Ne vous inquiétez pas, les vides vont se remplir dès le printemps et l’effet sera plus durable que si vous aviez fait un semis dense. Les bleuets et les coquelicots auront moins tendance à s’effondrer en pleine floraison.
Certains seront tentés de laisser la jachère fleurie se ressemer, en fauchant seulement en plein été, puis en abandonnant la coupe sur le sol pendant une semaine avant de ramasser, direction le tas de compost, une fois les graines libérées. C’est tentant et économique, mais ne vous leurrez pas ! L’année suivante, une plante ou deux peuvent prendre le dessus et, au lieu d’obtenir une jachère diversifiée, le tableau sera moins chatoyant. Ce qui ne veut pas dire qu’il sera forcément désagréable.
Repiquage
Repiquer des plantes repérées dans une prairie voisine peut être tentant, mais il vaut mieux miser sur les graines que vous ramasserez en été, si personne n’a fauché entre temps. On peut aussi attendre l’automne et prélever de jeunes plants. La réussite est plus assurée qu’avec des plantes adultes déjà installées.
Par Jean-Paul Collaert. Photos D.R.
Résidences Secondaires n°48 - Août - septembre 2007


